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samedi 3 novembre 2012

Le papa coquille...

Pour Anne

Une petite anecdote, en 1986, j'étais en BTS, je devais faire un stage de découverte en entreprise de quelques jours, et la mère de mon petit ami de l'époque avait une société et voulait bien me prendre en stage. On fixe donc la date du stage à mi-décembre.

J'avais 20 ans, la tête de mes 20 ans, têtue et pas vraiment "concilliante". Bref, le stage était signé pour Narbonne et moi j'habitais Clermont-Ferrand, pas la porte à côté n'est-ce-pas ! Mes parents, face à mon obstination, acceptent donc de me voir partir avec le jeune homme. Je devais rentrer par le train le vendredi 19 (vive google pour aider les souvenirs de date !)

Or le 18, la sncf se met en grève. Pas de train prévu du week-end. Ni même de la semaine, puisque la grève a duré jusque bien après les fêtes. Je crois que je n'oublierais jamais les infos du lundi 18 décembre 1986  au soir...

Le lundi rien, pas le moindre wagon en circulation et même si je m'entendais avec la maman du jeune homme, et que la famille était sympa, il n'était pas vraiment dans mes projets d'y passer les fêtes de Noël. Et pas dans ceux du jeune homme de se coltiner les 700 km aller-retour pour me ramener à ma mère alors que ça faisait 6 mois qu'il n'avait vu la sienne.

J'appelle donc à la maison, avertissant, que je vais rentrer avec une connaissance à eux, camionneur de son état, devant passer par St Etienne pour ramener de la marchandise. St Etienne - la maison, 150 km, il me trouverait un pote à lui pour faire le trajet...

20 ans et totalement stupide !

Silence à l'autre bout du combiné.

Le genre de silence où tu te dis que ben, là t'as quand même du sortir une énorme boulette pour que ça provoque autant de stupéfaction, sauf que tu te demandes bien ce que tu as pu dire d'aussi crétin que ça les laisse tous les deux sans voix.

Finalement, un son, la voix de mon père (et pour le faire causer dans le poste, fallait vraiment que ça soit grave) : "je viens te chercher mercredi après le boulot, je serais à Narbonne vers neuf heures du soir, on repartira direct"

Oups... C'était pas le moment de discuter, ni pour les unes, ni pour les autres...

Il est effectivement arrivé à 20 h 30, la maman du petit ami nous a offert le souper, et mon père m'a tendu les clés. "T'as ton permis depuis juillet, tu prends le volant, faut que je dorme sinon je nous colle dans le fossé, ta grand-mère nous attends pour le déjeuner, c'est pas le moment."

J'ai fait le trajet, sous la neige, parce que bien sûr le plateau du Larzac au 24 décembre c'est enneigé et qu'en plus il s'était mis à neiger juste après le départ de mon père de Clermont.

Entre vingt-trois heure et une heure du mat, j'ai croisé des dizaines de personne entre les congères. Des qui allaient, des qui revenaient de la messe de Minuit. Je n'ai jamais tant vu de personne sur le plateau du Larzac que cette nuit là. Il y a 25 ans, et je m'en souviens encore, comme si c'était hier. Mon père à côté qui dormait (ou pas, d'ailleurs).

Mon papa coquille, qui n'avait jamais eu un mot plus haut que l'autre, qui n'avait pas souvent les mots en fait, avait fait 350 km, après 8 heures à souder dans un atelier où il avait fait 14° toute la journée. Il m'avait confié les clés de sa voiture alros que je n'avais jamais fait plus de 30 km seule, et surtout il m'avait fait suffisamment confiance pour me laisser faire le trajet retour, connaissant les conditions météo qui nous attendaient.

Nous sommes arrivés à trois heures du matin, parce que rouler sur la neige c'est difficile et long. Mais qu'il n'était pas question que nous ne soyons pas au déjeuner de Noël que ma grand-mère avait prévu.

Déjeuner que nous avons passé, face à face, sourire en coin et malle-cabine sous les yeux. Lui et moi.

Si je ne devais n'avoir qu'un seul souvenir de mon père, ce serait celui-là, son regard, fier, heureux qu'on soit ensemble, en ce jour de Noêl 1986.

Les papa-coquilles ne passent jamais à côté de l'essentiel.

8 commentaires:

  1. C'est le genre de "truc" dont mon père aurait été capable... Comme ce petit discours, lui si pudique, sur l'amour, le don de soi, l'engagement, le lendemain du jour où j'ai demandé à maman d'aller au planning familial pour avoir la pilule.

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  2. Mon papa est aussi de cette génération là. Beaucoup de pudeur sur ses sentiments mais une disponibilité sans faille pour ses filles.

    Je sais que mes enfants peuvent compter sur leur père mais leur père compte beaucoup sur moi.

    Entre autres exemples, j'ai fait 2 ans de plateaux de foot (je déteste le foot) et des matchs de hand sans que leur père ne daigne venir voir ses enfants les quelques samedis ou il ne travaillait pas.
    Actuellement c'est moi qui sort le soir tard pour aller chercher mon fils quand il a des soirées chez des amis.
    Et toutes ces choses là ils en sont bien conscients !!
    En tout cas merci pour ton témoignage.
    Anne86

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    1. Alors ne sors plus le soir, rends toi indisponible pour le foot ou le reste. «oblige» le à prendre sa place, laisse la lui. Ma mère faisait ça, c'était une bonne solution.

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  3. Ben dans ma bulle, figurez-vous que ma fille a téléphoné à son beau-père (mon ex) cette nuit, pour qu'il aille la chercher chez des amis !!! Elle état à une fête, a fait une intox alimentaire, et a téléphoné à BEAU PAPA !!!

    Je précise que mon tél était HS et qu'une fois n'est pas coutume, elle n'a pas réussi à me joindre.

    Donc, BEAU PAPA !!

    Jamais son père...

    Comme quoi, les enfants ont bien une mémoire de QUI va être là et QUI ne l'est jamais...

    (ce qui n'arrange pas mes affaires, mais qu'y puis-je ??)

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    1. Man, ta fille a la sélection "pécuniaire" figures-toi...

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  4. Quel beau souvenir... Un vrai papa, un papa formidable. Le mien faisait ça aussi ( mais moi, j'étais une gentille, y avait pas besoin) mais tout taciturne et pudique qu'il était, il parcourait les squats la nuit à la recherche de ma petite soeur, juste pour voir si elle allait bien, si elle était toujours en vie et pour lui donner des préservatifs à utiliser avec son toxico de copain. Et sans avoir dormi, il allait à 8h faire cours devant ses élèves, l'air de rien.

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    1. Parfois je me demande si je suis / serais à la hauteur. Si je saurais transmettre, tout ce qu'il a pu m'apprendre. Si finalement je ne suis pas juste qu'un ridicule morceau de lui.

      Et puis je l'entends me dire, là juste derrière mon épaule "ma fille, tu déconnes, j'ai failli moi aussi, et tu t'en es bien sortie".

      Et ça va un peu mieux.

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  5. Ah les pères ;-) le miens aurait fait pareil, éventuellement en râlant un peu, pour le principe, mais toujours dispo pour qui que ce soit dans la merde ou le besoin !

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