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vendredi 5 novembre 2010

Enfermement...


Même si je vais un peu mieux, je n'arrive pas à passer le stade de "l'enfermement". Je vis depuis 3 semaines comme emprisonnée, aussi bien physiquement que moralement. Sans que ça ne soit l'enfer, remettons les choses à leur place (d'ailleurs une connaissance qui rentre chez elle, avec obligation de soins et lit médicalisé, après 18 mois, passés en maison de convalescence suite à des escarres dues à son statut de paraplégique, aide à me remettre à ma place).


J'ai passé 15 jours hospitalisée, raccordée à une perfusion qui ne me laissait pas libre de mes mouvements, perfusion qui lâchait tous les jours ou presque et qui me vaut encore aujourd'hui des bleus sur les bras et une gêne au pli du coude. Alors oui, les filles ont fait leur boulot, certaines mieux que d'autres, mais quand même, à l'hosto, il faut bien reconnaitre que le malade n'est rien ou pas grand-chose. Qu'il est dépendant, et que cette dépendance l'enferme mieux que s'il était en taule. On attend pour les soins, on attend pour un changement de perf ou un antalgique, on attend une visite familiale ou un médecin, on attend un résultat ou un repas, on attend sans pouvoir rien faire d'autre que d'attendre.

On n'est libre de rien, pas même de dormir tranquillement. Parce que la nuit, là ou justement vous avez envie d'être peinard ou presque, vous avez toujours quelqu'un qui vient allumer la lumière pour vérifier que vous n'êtes pas mort. Ca part d'un bon sentiment hein ! Pour certains patients c'est même plutôt utile que quelqu'un passe régulièrement, mais y'a manière et manière de faire !

Il y a l'infirmière sympa, qui va juste laisser la lumière du couloir, ouvrir la porte doucement, vérifier de loin et en silence que tout va bien et passer à la chambre suivante, et puis vous avez l'autre genre, la "courgeasse" comme dirait ma cops Christelle. L'infirmière déguisée en sapin de Noël avec des bijoux qui font du bruit même quand elle ne bouge pas, maquillée comme un camion volé, et parfumée à on ne sait quel imitation de "Poison" qui empêche les mouches de voler. Celle là, on se la trimballe 4 nuits de suite tant qu'on y est, elle parle fort, elle "croit" (ou le fait exprès) que les malades ne l'entendent pas crier à travers le couloir "Mais oui, mamie on va te la mettre ta couche" rajoutant un "mais qu'est-ce qu'elle est chiante cette vieille du 268". Et là, on a juste envie de prendre sa perf et de la lui coller en travers les trous de nez. Sauf qu'on ne peut pas, parce que justement, la chambre d'après c'est nous, et qu'on sait que cette courgeasse va reperfuser en disant "ah mais à quoi vous avez joué avec votre perf ? On dirait que vous le faites exprès non ?" Et là on prend sur soi pour ne pas lui répondre trop vertement, parce que la première fois qu'on lui a dit "ben voyons c'est sûr, c'est tellement fun d'être perfusée 3 fois en 24 h..." elle vous a laissé 2 h le bras en vrac, les antibios passant à côté (jusqu'à ce que je comprenne comment clamper la perf).

Alors on peut la signaler, elle fera son innocente et vous le fera payer le tour d'après. Parce qu'en plus d'être une courgeasse, c'est aussi une salo... Une frustrée du soin, une qui s'est gouré de voie professionnelle et qui préfère s'en prendre au malade, parce que c'est plus simple, plus facile de s'extérioriser sur une mamie qui crève de trouille, ou sur une femme qui dégueule tripes et boyaux depuis 5 jours.

J'ai été enfermée, et je n'arrive pas à m'en sortir. J'ai peur de manger, j'ai peur de bouger, j'ai peur de laisser ici mari et enfants. Je ne suis plus libre de faire des projets sans dire "ah mais non, là c'est trop loin, trop lourd, trop compliqué pour moi". Je sais que ça reviendra, je sais aussi que c'est la fatigue qui me fait gamberger, mais pour l'instant, même si physiquement je vais mieux, là haut sous les cheveux c'est loin d'être libre...

Edit  de 17 h  50 : Mes marqueurs de la pancréatite n'ont pas baissé d'un iota... ça me fait juste encore plus flipper quoi...

13 commentaires:

  1. Ah lalala le drame de l'hopital et les Meres superieures qui regnent en terrorisant les eleves infirmieres toutes mignonnes et les patients les plus vulnerables sinon c'est moins drole mais combien je m'en suis fadee en retrouvant des mamies en pleurs dans le hall...

    Pour l'enfermement l'hopital c'est pire que la prison, parce qu'en prison normalement la privation de ta liberte tu l'a bien cherche mais la, t'es malade ET EN PLUS tu peux rien faire...

    Du courage, des bisous, des pensees...

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  2. Oh la Punaise...
    Je suis triste de te voir comme ça même si ton état est compréhensible.

    J'espère que tu vas pouvoir te liberer la tête, manger aussi plus librement sans avoir peur de, retrouver cette liberté chérie.

    Et la connasse d'infirmière, euh, je me la serais bien faite tiens. J'ai horreur des fort qui s'en prenne aux faibles !

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  3. Kaki, c'est exactement ce que j'ai ressenti, malade et en plus en taule !

    Mamanlit, c'est aussi pour ça que j'ai posé cet enfermement, pour essayer de m'en libérer un peu, pour le mettre ailleurs que dans ma tête. Et aussi parce que je savais que je trouverais vos petits mots qui me remontent le moral.

    C'est du coup moins difficile à porter, de savoir que je suis écoutée. J'ai mes amies, celles de la vraie vie, qui elles aussi sont au taquet pour moi, pour me soutenir. Mais je crois que j'avais besoin de le poser là, parce que je n'en ai pas parlé à mon mari, parce que je ne veux pas rajouter à sa peine et à son inquiétude. J'avais un peu besoin de vous...

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  4. et c'est dû à quoi que ça baisse pas ? faut peut-être un peu de temps, mais c'est déjà bien, c'est resté stable, parce que ça aurait pu monté, et là, c'est pas le cas. On t'embrasse très fort, d'une force que tu n'imagines même pas.

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  5. Alors on est là. Pour écouter, pour compatir, pour soutenir. Virtuellement mais sincèrement.

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  6. Cibou : merci pour l'embrassade, j'ai une idée de la force, et c'est bien agréable...

    Mamanlit : je vous ennuierais encore un peu je pense...

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  7. Bonjour Chérie ! (je rigooooole !)
    C’est moi tu sais, le perroquet-chat vert ; )
    J’ai lu ton billet avec attention. Il me parle précisément. Je connais bien cet environnement de la maladie, les angoisses que tu évoques, etc…
    J’ai envie de te dire « ne t’inquiète pas ». Ce que tu écris et décris est normal. En revanche, n’hésite pas à en discuter avec ton doudou d’amour, avec ta famille et tes proches, tes amis. Il faut parler, ça soulage et on remet mieux les choses dans leur contexte de cette façon. Car passer du « bien-portant- dynamique- autonome- libre et actif » au statut de « bien malade- affaibli- plus dépendant et sous la contrainte des soignants, des médicaments, des diagnostics et des symptômes », c’est une espèce de choc, surtout pour des personnes habituellement très sociables, toujours à fond, qui vivent à 100% avec mille activités et responsabilités. Ça énerve.
    On a l’impression souvent d’être tout à coup un peu « à part », hors circuit, débarqué, impuissant.
    Il y a un « monde » de la maladie, que celle-ci soit juste préoccupante ou gravissime, brève ou longue. C’est un autre univers, régi par d’autres règles.
    Il y a la souffrance : avoir mal, c’est très lourd à gérer. D’ordinaire, quand on a mal quelque part, dans nos sociétés modernes, il existe toujours plus ou moins un médicament qui va soulager le problème vite fait, et puis hop, ça repart ! Dans un épisode de « maladie », quand le corps exige plus de soins, des investigations médicales, une recherche approfondie, du temps… c’est déroutant, ça agace, on veut que ça aille vite, qu’on soit vite débarrassé, pour que tout redevienne normal. On aspire à reprendre le contrôle, la maîtrise de son corps, de son emploi du temps, etc…

    Être malade, c’est souvent se laisser piloter par d’autres (corps médical), se laisser aider par les siens, et récolter le rôle de la personne « assisté », plus faible, avec un statut presque de spectateur plus que d’acteur.
    Et quand les choses traînent, quand tout n’est pas réglé comme du papier à musique, on râle, on s’impatiente, et souvent on déprime un peu en se disant : bon, je guéris quand ? Ça sera fini quand tout ce binz ? J’en vois pas le bout ! J’en ai marre !
    Ah oui, j’oubliais : on ressent aussi de la culpabilité à être malade. Parce que pour un moment, on se sent inutile ou moins utile pour les autres, un poids, une charge.

    Voilà. Donc tu es juste complètement normale et ton ressenti l’est aussi. Chasse tes idées sombres bien vite, dis-toi que tu vas bientôt être sur pieds, il te faut de la patience et regarder plus loin. Pour le moment, c’est une période réservée à ta santé. Et dans quelques temps, tu seras soulagée, et tu pourras de nouveau courir comme un lapin de printemps, vive et alerte. En attendant, ne t’enferme pas, car c’est juste un MOMENT. Ça ne durera pas. Tu dois penser « dès que j’irai mieux » plutôt que « je vais pas bien ».
    Bisooooooos :) Manderley

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  8. Manderley : Tu as mis des mots sur mes maux. Des mots peut-être plus justes que les miens parce que les tiens sont extérieurs.

    Le temps que tu écrives ce billet j'étais en ligne à extérioriser avec une belle amie. Je vais suivre vos conseils et penser "dès que j'irais mieux"...

    Des bises !

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  9. Courage! j'ai connu ça et l'on s'en sort... J'ai rasemblé la doc "Compagnon", je te téléphune dans quelques jours quand tu seras plus dispo....
    Dany

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  10. Merci Dany ! Au fait as-tu un blog ?

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  11. Si seulement nous pouvions prendre chacune un petit bout de ta peine ,de ton enfermement...
    Bisous et essaie de profiter un peu qu'on s'occupe de toi... même mal. Sois zen, c'est bientôt fini...

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  12. FD : mais vous faites déjà ça, prendre chacune un petit bout de mon enfermement. Avec vos petits mots, vos pensées, vos conseils.

    Aujourd'hui, j'ai juste pensé à moi (Cherettendre est chez une amie qui a grand besoin de bras ouvrier), j'ai joué avec ma fille, j'ai fait hamman dans ma salle de bains et j'ai cherché en vain des opi qui ne coûtent pas 13 euros le flacon ou avec 59 $ de frais de port. Mais je ne désespère pas, je continue de chercher...

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  13. Promis mapunaise la prochaine fois que l'homme traverse l'atlantique, je te demande ta liste ;)

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