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mercredi 8 août 2012

Devenir autre..

Je crois que cela sera le dernier message où je parlerais de mon père, enfin le dernier d'ici un moment. Je sais qu'il me faut le temps du deuil, mais je vais un peu mieux, je suis dans la phase où l'évoquer est moins douloureux.

Il me manque toujours autant, mais il me manquait bien avant son décès. Depuis au moins 3 ans, depuis qu'il n'avait plus la parole facile (il ne l'avait déjà pas en temps normal, la maladie n'a fait qu'accentuer ses silences). Il me manque de l'appeler pour lui demander un avis, un conseil, pour lui dire qu'on a envoyé une photo, savoir quel temps il fait, où il compte se balader, comment va son chat.

Il me manque tout court, savoir que je ne le verrais plus sortir de sa voiture, regardant notre maison avec fierté, lisant dans son regard "tu as une belle maison ma fille" m'est pénible. Admettre que je ne le verrais plus s’asseoir face au jardin, ses petits-enfants autour de lui pour décrypter des mots dans un livret, m'est difficile. Tout me manque et me manquera encore longtemps, mon deuil n'est pas fini, loin de là.

Mais aujourd'hui, je me sens plus sereine, j'ai redécouvert des sentiments, j'ai rattaché des wagons, approfondi et embelli une relation. Mon père, en partant, m'a donné un frère.

Non pas de grande révélation, ce "frère" m'était déjà connu, il est mon cousin germain, mais j'avais, petite, une relation privilégiée avec lui. Relation qui s'était distendue, éloignée, puis qui, depuis trois ans que mon père ne parlait plus ou quasi plus, s'est rétablie. Cet homme de 10 ans mon ainé, s'est rapproché de moi, est venu me faire part de ses inquiétudes, de ses angoisses, puisqu'il considérait mon père comme le remplaçant du sien, parti depuis 15 ans. Il n'osait déranger ma mère dans son quotidien, n'osait poser de questions sur la maladie de mon père, sur sa dégradation, ne voulant lui faire de peine, mais ne pouvait être serein face à ce qu'il voyait. Alors il me demandait à moi, ce que j'en pensais, ce que je croyais qu'il allait se passer, si j'avais des nouvelles que lui n'avait pas.

De mots en message, d'appels en visite, il est revenu dans ma vie et moi dans la sienne.

Et là, le week-end passé, il est venu avec femme et filles, pour passer du temps ensemble. Parce que nous avions besoin de partager notre chagrin encore une fois. Et de chagrin en souvenirs, de photos en éclats de rire, d'émotions en main croisées, j'ai fini par lâcher ce que j'avais sur le coeur. Il n'était pas que mon cousin, pour moi il était mon frère. Mon grand frère, celui toujours présent, attentif, généreux. Celui qui partage nos passions, nos balades en moto, notre simplicité. Celui avec qui tout est plus drôle.

Je le lui ai dit, et il m'a remerciée. Je suis redevenue sa petite soeur, 40 ans après qu'il est arrêté de me donner la becquée, de venir me chercher à la fin d'une sieste, ou de m'accompagner dans un chemin de campagne chercher des papillons.

Il était heureux de ce changement de statut, et moi apaisée d'avoir enfin dit tout le bonheur que j'ai qu'il soit de ma famille. Mon père aurait aimé ça, je suis certaine qu'il l'approuve de là où il se trouve. Savoir que son filleul protège et accompagne sa fille ainée.

J'ai enfin un grand frère, il a une petite soeur, et nous sommes une famille.



10 commentaires:

  1. Je suis heureuse de te lire. Et de partager tes liens de famille.
    Avec un regret... pour moi, ce fut l'inverse. Au décès de ma mère, j'ai perdu deux frères. Mes demi-frères mais que je considérais comme frères à part entière. Le lien n'a pas tenu. Plus de nouvelles de l'un, peu de l'autre. Je me sens plus proche de toi que de cette pseudo famille indifférente.

    Bref ! Et n'oublie pas de venir me voir quand tu pourras, ça te fera une presque soeur de plus tiens !!!!

    Bisous :)

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    1. oui c'est étrange comme les gens réagissent dans ces cas là. Ma soeur, reste dans le duo qu'elle a créé avec ma mère, mon cousin lui n'a quasi plus de contact avec ses frères.

      C'est un peu compliqué les histoires de famille en fait non ?

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  2. Et moi, je t'embrasse ma punaise <3

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  3. C'est beau ce chemin que tu fais et la façon dont tu en parles ; c'est beau ce frère de coeur retrouvé qui fait famille bien plus que les liens du sang direct. Oui, c'est compliqué les histoires de famille, parce qu'on "devrait", socialement parlant, hiérarchiser nos sentiments et placer les "mêmes sangs" en tête de liste. Mais parfois, notre coeur choisit un ordre différent.

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    1. Pas sûr qu'il soit beau, aujourd'hui (enfin depuis hier) il est bien noir mon chemin, mais difficile de l'exprimer sous peine de me voir taxer de rabat-joie par mon cher et tendre.

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  4. Tu passes des caps. Pas facile tout ça. Bises

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    1. Ca ressemble plutôt à des montagnes russes, je me demande si la fin est proche.... Merci pour les bises

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  5. J'en ai eu les larmes aux yeux en lisant ton texte...
    des fois, on (re)découvre de la famille où on ne s'y attendais pas...
    ca a été mon cas à l'enterrement de mon ex belle mère, de voir que les neveux de mon ex me considéraient toujours comme leur tata :-)
    plein de bises
    courage

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