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mardi 27 avril 2010

Le bonze... suite et fin

A la 4eme séance, ma vie avait quand même pris un autre tournant. Jusque là plutôt planquées au tréfonds de ma mémoire, les images revenaient se bousculer. Pas que les images d'ailleurs, les questions aussi : pourquoi ? comment ? Pourquoi j'avais enduré tout ça, pourquoi aussi longtemps, comment avais-je fait pour résister, pour tenir debout, et pourquoi avais-je, même en étant partie depuis 7 ans, encore peur ?

"Je n'étais pas venue pour une psychothérapie hein ! J'étais venue pour ne plus avoir mal au dos !" Pan, dans les dents, à peine franchie la porte du 5e rendez-vous...

- Le bonze recule, sourit - comme toujours - me dit "allez venez vous asseoir deux secondes".
- "Non je ne veux pas m'asseoir, je suis venue vous dire que j'arrête, c'est trop difficile, c'est trop douloureux, je veux arrêter, j'étais là pour ne plus souffrir, et c'est pire ! " Il a un instant de flottement, son regard se "rétrécit" comme s'il se concentrait, il semble avoir mal de me voir dans cet état.

Je me faisais l'effet d'une hystérique, hors de moi, en colère après lui, après moi, sans contrôle ni sur la douleur ni sur la pensée depuis une semaine, tout me faisait mal, tout me faisait peur, tout se mélangeait ; il fallait que tout s'arrête. Cherettendre, qui me voyait pleurer depuis une semaine, était à deux doigts de prendre son téléphone pour s'expliquer avec le bonze, lui aussi voulait que ma douleur cesse, que TOUTES mes douleurs cessent, mais pas à ce prix là, pas au prix de tant de mal-être.

Bonze me laisse reprendre mon souffle, et me dit "je ne pensais pas que ça serait aussi violent, je n'avais pas conscience d'à quel point tout ceci a pu être douloureux pour vous", et m'annonce que je peux, bien sûr tout arrêter de la facia, peut juste "recoller" les bouts, mais qu'il lui semble qu'il me manque encore le principal : la réponse à ma douleur physique. J'ai le point d'origine, mais je n'arrive pas encore à le gérer, je n'arrive pas encore à ne plus avoir mal seule, et c'est ça que lui veut, que je n'ai plus mal, nulle part, ni au dos, ni au bras, ni au poignet, que je n'ai plus mal quand je téléphone, quand je couds, quand je conduis trop longtemps, il veut que toutes mes sensations reviennent (j'ai souvent des fourmis, des gestes imprécis, des engourdissements). Il veut me rendre l'usage de mon bras. Il comprend, il a saisi le principal, c'est imparfait mais c'est à moi de décider de la manière de faire, lui, il le répète, ne fera rien sans moi.

Je réponds que je lui accorde une dernière séance, mais qu'il est hors de question de toucher à ma "tête" que je m'en fiche que mes connexions facia ne soient pas faites, que, pour rappel, je ne suis pas là pour des conneries de circulations d'énergies, que je veux me retrouver normale. Ok, pour une séance de kiné de base donc. On papote un peu du coup, ça demande moins d'énergie, de concentration, on papote de tout, de rien, des voisins, des connaissances en commun, de la maman d'Antoine qui a eu un cancer du sein mais qui est en rémission et qui "prépare" un petit frère à Antoine, et je me fixe sur cette femme, dont l'aîné a le même age que mon cadet, que j'ai vu sans cheveux, maigre à l'extrême, souffrant de sa chimio, et qui aujourd'hui revit, a une autre vie !

Alors j'arrête le bonze, finalement, je veux guérir pour de bon, mais si là maintenant c'est difficile, y'aura forcément du mieux dans peu de temps non ? Oui, répond-il, il y aura du mieux, quand j'apprendrais à m'écouter, à ne plus faire de barrages, à ne plus déplacer, ou cantonner mes souffrances, qu'il faut juste que je remette mon corps et mon esprit en liaison. Il reprend alors tranquillement une séance de facia, puis une séance encore, une autre plus loin et finalement, je n'ai plus mal.

Depuis, je couds, je téléphone, je conduis longtemps. Parce que je tire profit de ma douleur, à l'écouter me dire "hop, là tu te contractes cocotte, est-ce vraiment nécessaire ?" je respire, je reprend mon souffle et surtout je n'ai plus peur de l'affronter, je sais la gérer, je sais le geste qu'il faut faire pour débloquer mon dos, le temps qu'il faut aussi pour faire ce geste et le pourquoi de certaines contractures. J'ai pris conscience que je stressais de tous les contacts avec mon ex, alors j'applique le "écoutez-vous, faites vous confiance et surtout faites confiance à votre corps", je suis juste calme, je me dis qu'au téléphone il ne m'arrivera pas grand chose et que ce qu'il dit n'a d'importance que pour lui, pour moi, l'important, il est dans les yeux de Cherettendre.

Dans cette aventure, je crois que nous avons été tous les deux gagnants, moi plus que lui il est vrai. A la dernière visite, il m'a dit "j'ai cru que je vous avais perdu au 5e rendez-vous, et pourtant je savais qu'il ne manquait pas grand-chose, j'ai bien fait de faire un peu machine arrière...". Il a raison, retourner en arrière pour voir là où les choses ont dérapées, les remettre sur le chemin, ça permet d'avancer bien plus agréablement parfois !

J'ai rajouté une carte de voeux à ma liste de fin d'année, elle représentait un petit bonze aux yeux rieurs regardant derrière lui, , tenant la main d'un grand maitre. Je suis repassée au cabinet pour une bricole, et la petite carte était là, accrochée au tableau.

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